Atelier du patrimoine de Saintonge

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La maison d'arrêt

L’architecture de la Maison d’arrêt de Saintes dans le contexte du 19ème siècle

Un équipement confié à l’Architecte départemental La Maison d’arrêt de Saintes, alors considérée comme prison départementale, fut construite par l’architecte Antoine Brossard entre 1830 et 1833. Brossard, architecte du département et architecte diocésain, devait édifier, quelques années plus tard, la nouvelle église Saint-Vivien de Saintes. Il fut également chargé de la construction de la prison de Rochefort.

Une œuvre dans l’air du temps

Le plan de la prison de Saintes, œuvre de début de carrière pour Brossard, ne compte pas parmi les plus novateurs de son temps, mais son organisation répond à des principes rationalistes et à une codification des programmes pénitentiaire qui fait débat en ce milieu du 19ème siècle. L’application d’un plan en damier extrêmement rigoureux à l’intérieur d’un quadrilatère régulier hérite des réflexions théoriques énoncées par certains auteurs du début du 19ème siècle. On peut y retrouver les principes de J.-N.-L. Durand, dont l’enseignement à l’Ecole polytechnique était fondé sur une conception modulaire, rationnelle et géométrique de l’architecture, les plans et les élévations devant répondre à un schéma en grille orthogonale sur lequel les volumes se développent de façon proportionnelle selon des principes de symétrie modulaire. La publication de son Précis des leçons d’architecture en 1802, réédité en 1817, fondait les bases du rationalisme architectural européen de tout le siècle. La répartition des quartiers et l’organisation des espaces de la prison de Saintes, répond, comme dans bien d’autres établissements similaires à son époque, autant à des schémas d’une rationalité abstraite et universelle qu’à une réflexion sur le fonctionnement et sur les besoins spécifiques au programme pénitentiaire qui caractérise cette période.

Un style discret et fonctionnel

Sur le plan de l’esthétique, on notera l’économie de moyens et la relative sobriété, pour ne pas dire l’anonymat dans lequel Brossard à installé son édifice. On pourra comparer cela à certains projets de la fin du 18ème siècle, comme celui de la prison d’Aix-en-Provence de Claude-Nicolas Ledoux, dont la grandiloquence jouait de formes symboliques pour conférer à la prison une image extérieure forte et terrible. Ici, le bossage de la porte et le fronton du pavillon d’entrée sont les seuls recours à un vocabulaire stylistique marqué par la tradition néoclassique. Il s’agit d’un geste architectural très codifié qui se retrouve sur de nombreux projets de la première moitié du 19ème siècle. D’une manière générale, les programmes pénitentiaires, à l’instar des programmes hospitaliers qui suivent une évolution parallèle, s’affranchissaient du débat sur les styles, pourtant omniprésent au 19ème siècle, pour fonder leur discours architectural sur la rationalité et la fonctionnalité.