Atelier du patrimoine de Saintonge

Villa Musso - 62, cours National - 17100 Saintes

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Le temple protestant

Le temple protestant de Saintes est situé en bordure du cours Reverseaux un peu en avant de l’ancienne citadelle du 17ème siècle. Il est inséré dans le bâti du quartier, au sud de la Banque de France, elle-même construite au début du 20ème siècle.

Les débuts de la réforme Protestante

C’est vers 1544 que la Réforme commence véritablement à se manifester à Saintes. Bernard Palissy, le célèbre céramiste, est le fondateur d’une petite église de 3 ou 4 fidèles. A partir de 1557, l’Eglise Réformée de Saintes se développe rapidement. Vers 1558, la communauté semble relativement tolérée. Après 1562, Saintes succombe aux violences des guerres de Religions.

La halle située au cœur de la ville sert encore de lieu de culte dans les périodes calmes. Après le massacre de la Saint-Barthélémy le 24 août 1572, à Paris, l’Eglise Réformée demeure à Saintes et les réunions se déroulent dans les châteaux aux alentours. Au moment de l’Edit de Nantes (13 avril 1598), il n’y a toujours pas de temple, mais la cohabitation avec la communauté catholique semble encore bonne.

En 1605, enfin, les fidèles se réunissent autour du pasteur Petit au « Temple Saint-Vivien », situé à proximité de l’église Saint-Vivien, au nord de la ville. En 1685, peu avant la Révocation, le temple est démoli. Les protestants non-émigrants subissent jusqu’à la veille de la Révolution les persécutions et les abjurations forcées. Les rencontres clandestines, et les « Assemblées du Désert », sont sévèrement réprimées.

A la fin du XVIIIe siècle, après l’Edit de Tolérance et la Révolution, l’Eglise Réformée peut se relever. Mais la communauté est très amoindrie, et elle se contente au début du 19ème siècle d’une petite salle aveugle qui s’appuie à l’est de la Chapelle du Collège (salle Saintonge).

C’est en 1898 - date symbolique- que le Conseil presbytéral, lassé de ses requêtes infructueuses, décide d’acheter lui-même un corps d’immeuble situé 2, cours Reverseaux pour y bâtir le nouveau temple.

Cet immeuble était autrefois la poste aux chevaux de la ville. Le nouveau temple Le pasteur Roufineau fait appel à l’architecte parisien Adolf Augustin Rey, collaborateur de Paul Sédille pour la construction des magasins du Printemps à Paris en 1885. Rey accepte la proposition le 5 septembre 1900 et envoie, dès le mois de février 1901, plusieurs esquisses.

Les travaux débutent en août 1905 et sont achevés en mars 1906. L’inauguration officielle a lieu le mardi 27 février 1906. Le bâtiment conçu par A. Rey constitue une vraie nouveauté dans le paysage architectural saintais en ce début de XXe siècle. Le plan demeure assez banal : il s’agit d’un grand rectangle divisé en trois vaisseaux dont les collatéraux sont surmontés de tribunes faisant retour derrière la façade. C’est par le choix de structures et de matériaux, ainsi que par les partis pris esthétiques, que ce temple impose son originalité.

L’ensemble de la structure interne (piliers et voûtes) est en ciment armé et brique recouverts d’un enduit en plâtre rose et blanc. Le temple de Saintes figure ainsi parmi les premiers édifices religieux construits en béton armé, à la suite du chantier pionnier d’Anatole de Baudot à Saint-Jean-de-Montmartre (1894-99).

L’esprit général de l’édifice demeure fidèle à un éclectisme tempéré se référant à un style roman ou byzantin quelque peu fantaisiste assorti d’un riche décor sculpté en façade, ce qui est relativement exceptionnel dans les sanctuaires protestants.

La conception de la façade, avec un portail en avant-corps à pignon formant auvent correspond à un modèle déjà exploré par Rey au Temple du Bon Secours à Paris (1895-96) et dont l’origine peut être trouvée dans la chapelle impériale bâtie par Boeswillwald à Biarritz. Ce schéma se retrouve sur d’autres temples du Poitou-Charentes tels que ceux de médis ou de Saint-Maixent-l’Ecole, mais de façon beaucoup plus simple, avec des avant-corps peu profonds.

La composition tripartite très marquée du temple de Saintes, avec ses séries de baies et le foisonnement ornemental, en particulier les sculptures d’Arnold, influencées par l’Art Nouveau des années 1900, constituent un véritable appel sur le cours Reverseaux et tranchent avec une relative sobriété intérieure.

Pourtant, là encore, une note d’originalité a été ménagée : la voûte en berceau de la nef est évidée pour laisser place à un grand jour zénithal en forme de croix allongée qui a reçu, tout comme les baies de la façade, un ensemble de vitraux. Rey avait déjà utilisé ce procédé au Bon Secours à Paris. Le maître verrier Gaudin a réalisé ici une œuvre de grande qualité, où se distinguent les très belles représentations d’anges.