Atelier du patrimoine de Saintonge

Villa Musso - 62, cours National - 17100 Saintes

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Histoire

La cité gallo-romaine

Le peuple gaulois des Santons occupait la région charentaise au moment de la conquête romaine. Les Santons allaient donner leur nom à la Saintonge et à la ville de Saintes. On ne sait pas, cependant, s’il existait une ville gauloise avant la conquête romaine.

Ce sont les Romains qui développèrent la ville, appelée Mediolanum, et ce dès le règne d’Auguste (25 av. J.-C. /14 ap. J.-C.). Dès l’origine, elle joua un rôle de tête de pont sur la Charente pour la voie d’Agrippa, grande route stratégique ouverte à partir de Lyon. Cette voie et le pont construit pour lui faire franchir le fleuve ont déterminé l’axe principal de la ville, le decumanus.

La cité fut peut-être la première capitale politique de l’immense province d’Aquitaine. Elle fut dotée très tôt de monuments publics, dont de nombreux vestiges lapidaires composent les collections du musée archéologique à côté d’objets de la quotidienne et de témoins de l’artisanat trouvés lors de fouilles.

De cette période faste, il subsiste plusieurs témoins monumentaux : l’amphithéâtre, un des mieux préservés de l’ancienne Gaule après Nîmes et Arles, l’arc de Germanicus, construit en 18-19 ap. J.-C. à l’entrée du pont, les thermes de Saint-Saloine, plusieurs segments de l’aqueduc qui alimentait la ville. La cité antique pouvait compter à la fin du Ier siècle jusqu’à 15.000 habitants et sa surface lui faisait atteindre vers l’ouest les limites de la ville actuelle.

Mais dès le IIIe siècle, la ville en déclin se rétracta dans la boucle de la Charente, à l’intérieur d’un rempart articulé au pont qui allait marquer sa physionomie jusqu’à la Révolution. Selon la tradition, la cité aurait été christianisée très tôt par saint Eutrope, premier évêque et martyr. En fait, comme partout en Gaule, les premiers signes de la christianisation sont attestés au IVe-Ve siècle.

Malgré la présence du siège épiscopal, l’histoire reste obscure durant tout le haut Moyen Age, même si l’on sait que la région fut sous la tutelle des Wisigoths jusqu’à la bataille de Vouillé au début du VIe siècle, avant d’être occupée par les Francs. Les invasions musulmanes du 8ème siècle, les guerres intestines des Carolingiens, puis les attaques des Vikings au IXe siècle, ont sans doute éprouvé la vieille cité défendue par son rempart.

La ville médiévale

Les lieux de culte développés autour des tombeaux des premiers évêques (saint Eutrope, saint Vivien et saint Pallais) furent à l’origine des faubourgs. Saintes devint une importante capitale spirituelle mais elle perdit sa prépondérance politique.

À la suite de la disparition du comte de Saintes en 866, la région resta dépourvue de lignage seigneurial indépendant, au contraire de l’Angoumois. Elle devint donc un enjeu pour les principautés voisines, et fut incorporée au domaine des comtes de Poitiers, ducs d’Aquitaine. Au cours du XIe siècle, elle fut donnée en fief pendant quelques décennies au comte d’Anjou.

Le château des représentants du pouvoir était établi sur le plateau, dans l’angle nord-ouest de l’enceinte. Mais le paysage urbain était marqué avant tout par la présence d’importants édifices religieux, dont le principal était la cathédrale Saint-Pierre, installée au cœur de l’ancien castrum gallo-romain, dans la boucle du fleuve.

La cité épiscopale occupait près du quart de la ville intra-muros. Geoffroy Martel, comte d’Anjou, et sa femme Agnès de Bourgogne fondèrent en 1047, dans le faubourg de la rive droite, près du vieux sanctuaire de Saint-Pallais, une abbaye bénédictine de femmes, la puissante Abbaye-aux-Dames. L’église abbatiale Notre-Dame est encore un édifice roman des plus remarquables.

Mais le sanctuaire le plus prestigieux fut celui qui abritait les restes de saint Eutrope, sur une colline au sud-ouest de la ville, près de l’ancien amphithéâtre gallo-romain laissé à l’abandon. Halte de première importance sur le plus occidental des chemins du pèlerinage vers Saint-Jacques-de-Compostelle, la via turonensis, ce haut-lieu fut confié en 1081 aux Clunisiens par le duc d’Aquitaine, Guillaume VIII. Son église, reconstruite à la suite de cette donation, demeure un des chefs-d’œuvre de l’art roman de l’Ouest.

En outre, la ville comptait dix paroisses et divers autres établissements religieux, notamment les prieurés de Saint-Vivien et de Saint-Macoult et, à partir du XIIIe siècle, les couvents des Jacobins et des Cordeliers. Avec le mariage d’Aliénor d’Aquitaine et d’Henri Plantagenêt en 1137, la Saintonge entrait dans le domaine anglo-normand.

En 1199, les bourgeois de Saintes obtenaient d’Aliénor d’Aquitaine une charte communale, après que la ville eût subi d’importantes destructions lors du soulèvement de Richard Cœur de Lion contre son père Henri II. Une longue lutte opposa dès le XIIIe siècle les rois de France aux descendants des Plantagenêt. Dès le XIIIe siècle, en 1243, la bataille de Taillebourg vit la victoire de Saint-Louis face à Henri III sous les murs de Saintes. Le conflit franco-anglais mit la ville au premier rang des combats, puisqu’elle se situait sur la frontière. En 1272, elle devint anglaise, et changea de main plusieurs fois jusqu’à ce que Du Guesclin ne la reprenne définitivement en 1372.

Après deux siècles de ruine, elle trouva quand même le courage d’entreprendre, au milieu du XVe siècle, la reconstruction d’une immense cathédrale gothique, tout en assurant de nombreuses réparations sur les autres édifices religieux. La plupart des maisons les plus anciennes de la ville, ainsi que le clocher de l’église Saint-Eutrope, datent de cette période de reconstruction.

Plan de Braun (1560) - 256.5 ko
Plan de Braun (1560)

La ville moderne

Le chantier de la cathédrale dura assez longtemps pour n’être pas terminé au début de la crise religieuse du XVIe siècle, dont les troubles allaient toucher violemment Saintes. La cathédrale Saint-Pierre attaquée par les troupes huguenotes en 1568, ne fut jamais achevée. Le céramiste Bernard Palissy, protestant passionné, fut aux premières loges de ces événements à Saintes. L’Edit de Nantes (1598) allait instituer pour la ville une période de paix dont elle avait grand besoin.

Au XVIIe siècle, la ville était le siège de la juridiction du Présidial et le lieu de résidence du Gouverneur. Ses fortifications furent modernisées, une citadelle établie sur le plateaux dès 1609, mais démantelée par Richelieu vingt ans plus tard. Les gens de robes et la vieille noblesse se firent aménager des hôtels particuliers dans la vieille cité.

Toutefois, il fallut attendre le XVIIIe siècle et la veille de la Révolution pour que la Saintes se dote d’un urbanisme moderne. L’hôtel du Marquis de Monconseil, bâti dans les années 1730 sur les quais au sud de la ville, à l’emplacement d’un pan de la muraille détruite, marque le début de cette phase de bouleversements. L’intendant Guéau de Reverseaux projeta un nouveau système de voirie, avec des cours contournant la ville à l’ouest et au nord. Cette vaste entreprise fut interrompue par la Révolution.

L’actuel Cours National ne s’ouvrit qu’en 1815. À ce moment là, Saintes avait perdu depuis 1810 son rôle de chef-lieu du département au profit de La Rochelle. Elle put néanmoins conserver, par mesure exceptionnelle, la Cour d’Assise. Un nouveau Palais de Justice fut donc érigé sur le cours en 1863, en face du théâtre. En 1843, Prosper Mérimée arriva à temps pour sauver l’arc de Germanicus, tandis que le vieux pont romain, très transformé depuis le Moyen Age, était purement et simplement démoli. Le développement urbain s’accentua au cours du XIXe siècle, notamment sur la rive droite, avec la création de l’avenue Gambetta et l’ouverture de la gare en 1867.

Le chemin de fer allait donner à Saintes, avec l’ouverture d’importants ateliers de réparation, une tradition ouvrière et cheminote qui a fortement marqué l’histoire contemporaine de la ville. Au cours du XXe siècle, ce développement se poursuivit. Après la Seconde guerre mondiale, au cours de laquelle le quartier de la gare fut détruit lors des bombardements, de nouveaux quartiers s’ouvrirent, en particulier sur le plateau méridionale de Bellevue.

La ville aujourd’hui

Aujourd’hui, avec 27.700 habitants, Saintes est un chef-lieu d’arrondissement de la Charente-Maritime. Son économie, essentiellement tertiaire, est marquée par un rôle de carrefour d’échanges au cœur du département sur l’axe autoroutier Paris-Bordeaux. Les ateliers de la SNCF y demeurent importants tandis que la commercialisation des produits de l’industrie agroalimentaire et la tradition coopérative et mutualiste sont encore des composantes majeures de son économie et de sa vie sociale.

La prise de conscience de la richesse patrimoniale de la ville a commencé avec la renaissance du site de l’Abbaye-aux-Dames aujourd’hui Centre Culturel de Rencontres, et ce grâce au Festival de Saintes, rendez-vous musical prestigieux qui s’y tient depuis plus de trente ans. La mise en place d’un Secteur Sauvegardé, puis d’une Z.P.P.PA.U.P. et le souci de valoriser le riche patrimoine dont elle a hérité ont permis à Saintes d’entrer dans le réseau national des Villes et Pays d’art et d’histoire.