Atelier du patrimoine de Saintonge

Villa Musso - 62, cours National - 17100 Saintes

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Eglise Saint-Eutrope

Saint Eutrope, évangélisateur de la Saintonge

La légende hagiographique d’Eutrope le situe au 1er siècle ap. J.-C, et en fait un saint apostolique. Originaire de Grèce, envoyé par le pape Clément, il serait venu évangéliser le pays des Santons et aurait converti Eustelle, la fille du gouverneur romain. Eutrope aurait connu le martyre par lapidation avant d’être achevé d’un coup de hache. Son culte était attesté par Grégoire de Tours, dès la fin du VIe siècle, sa tombe ayant été retrouvée par miracle sur la colline qui surplombe l’ancien amphithéâtre romain. Venance Fortunat y aurait fait édifier une basilique funéraire.

La sépulture, vénérée par les pèlerins, fut confiée dès le haut Moyen Age à une communauté monastique. On ne connaît rien de ces édifices antérieurs au XIe siècle. A partir de 1096, les reliques furent placées pour l’essentiel dans une chasse en pierre déposée dans la crypte, mais son chef était conservé dans un reliquaire particulier de l’église haute.

Une église de pèlerinage

En 1081, Guy-Geoffroy, comte de Poitou et duc d’Aquitaine, confiait le sanctuaire à la grande abbaye bénédictine de Cluny. Une communauté d’une vingtaine de moines s’y installa. Ils firent réédifier le sanctuaire autour du tombeau de saint Eutrope, et l’église devint ainsi l’un des monuments les plus prestigieux sur la via turonensis, le plus occidental des chemins menant à Compostelle.

La construction des parties orientales de l’édifice devait être bien avancée en 1096, date à laquelle le pape Urbain II et l’évêque Ramnulphe procédèrent à la consécration des deux autels superposés. Les moines devaient entretenir le culte jusqu’en 1787.

Le bourg de Saint-Eutrope s’est développé en dehors des murs de la ville, autour du prieuré. De celui-ci il ne reste que quelques bâtiments des XVIIe et XVIIIe siècles, au sud de l’église. L’ancien cloître a entièrement disparu à la veille de la Révolution, lors des travaux de transformation entrepris par les derniers moines.

Un édifice roman exceptionnel

L’église édifiée par les moines de Cluny fut conçue comme une grande église de pèlerinage, dotée d’un plan remarquable pour la Saintonge.

Elle était divisée par un transept en deux ensembles à peu près égaux. Le chevet, très allongé, comprenait une nef de quatre travées flanquée de collatéraux, ouvrant sur une abside entourée d’un déambulatoire et de trois chapelles rayonnantes. Les voûtes en demi-berceau des collatéraux, réalisées sans doute autour de 1100, sont exceptionnelles en Saintonge. Cette partie de l’église, qui subsiste seule avec le transept, a gardé ses élévations extérieures de la fin du XIe siècle, ornées d’un décor raffiné.

Elévation nord du chevet roman

La nef, elle aussi flanquée de collatéraux, était fermée à l’ouest par une grande façade dont on sait, par quelques descriptions anciennes, qu’elle était décorée de sculptures, d’une statue de cavalier sous une arcature et encadrée par deux tourelles. Dernière phase de la construction, elle se trouvait à l’emplacement de l’actuel parvis, comme en témoigne encore la fenêtre sur le côté sud de la place.

Le chœur et le transept ont été établis sur une crypte de même plan. Cette dernière, véritable « église-basse » ample et trapue a été conçue pour le culte des reliques et l’accueil des pèlerins. Divisée en trois vaisseaux par des piliers massifs ornés de chapiteaux à motifs végétaux, elle est dotée d’un déambulatoire à trois chapelles rayonnantes et d’un grand transept à absidioles orientées.

Les baies situées dans les collatéraux apportent un éclairage direct au sanctuaire souterrain. Le sol de la nef établi à une hauteur intermédiaire entre le chœur et la crypte permettait, grâce à une série d’escaliers, d’accéder au sanctuaire souterrain et peut-être au chœur de l’église haute.

Les bouleversements des XVe et XIXe siècles

Au XVe siècle, la construction à l’est du chevet d’une grande chapelle gothique flamboyante, aussi élevée que le vaisseau principal du chevet roman, entraîna la disparition de la chapelle d’axe primitive tandis que l’abside et le déambulatoire étaient éventrés. Il subsiste cependant les absidioles sud-est et nord-est.

Le bras nord du transept fut également remonté au XVe siècle à partir de ses fondations, au niveau de la crypte, afin de supporter le beau clocher flamboyant édifié grâce à la générosité de Louis XI.

La démolition de la nef en 1803 rendit nécessaire l’édification d’une nouvelle façade fermant l’église dans l’alignement du mur occidental du transept. Au cours de ces travaux, les restes du clocher roman, qui surmontaient la coupole de la croisée du transept, furent abattus ; cette coupole fut reconstruite, tout comme le bras méridional du transept. De la nef, il ne subsiste plus que le mur méridional du collatéral sud, bordant la place qui forme désormais parvis devant le sanctuaire.

La sculpture romane

Dans la crypte, les piliers sont comme cerclés de chapiteaux.

Crypte

La décoration des corbeilles est organisée avec symétrie à partir des angles. Les motifs inspirés des rinceaux, des palmettes, des entablements antiques composent un décor d’une grande qualité. Dans le chœur de l’église haute, les petites colonnes en haut des piliers ainsi que les pilastres possèdent des chapiteaux sculptés (des tiges de feuilles d’acanthes ou encore une adaptation de la forme proche du carré rappelant la frise dorique ornée de fleurons et de décors végétaux).

Sur les chapiteaux des grandes arcades, on remarquera une corbeille présentant des lions affrontés, une autre ornée de griffons et une troisième décorée de sirènes.

A l’extérieur, le chevet accueille une riche sculpture. Sur les arcs aveugles ainsi que sur ceux entourant les fenêtres se déploie un décor composé d’alignements d’oves, de perles, de pirouettes, des dents de scie et pointes de diamant.

La sculpture de la croisée du transept de l’église haute réalisée autour de 1100, marque le début d’une seconde campagne de travaux avec une autre équipe de sculpteurs. Les modèles d’inspiration antique présents dans la crypte font place à des motifs inspirés des manuscrits enluminés où les motifs figurés et animaliers se côtoient mêlés à une végétation très dense (pilier sud-est du transept : une suite de petits personnages un genou à terre, surmontée de lions, qui eux-mêmes portent sur leurs croupes de grands oiseaux ; pilier nord-est : des oiseaux et des lions s’attaquent mutuellement).

A l’ouest, sur de nombreux chapiteaux, figures et végétations sont habilement mêlées et liées les unes aux autres. A côté de ces chapiteaux, les scènes de l’iconographie chrétienne font figure de compositions majeures : un Pèsement des âmes, dans lequel le fléau de la balance s’incline du côté de l’archange en dépit des efforts de Satan ; Daniel dans la fosse aux lions, a les mains levées, dans l’attitude de l’orant.