Atelier du patrimoine de Saintonge

Villa Musso - 62, cours National - 17100 Saintes

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Abbaye-aux-Dames

Les origines et l’histoire

Fondée au XIe siècle par Geoffroy Martel, comte d’Anjou, et son épouse Agnès de Bourgogne, l’Abbaye-aux-Dames était le premier monastère de femmes de Saintonge.

Cette abbaye bénédictine, dédiée à la Vierge, fut consacrée en 1047, dans un site qui devait déjà avoir une longue histoire, près du sanctuaire funéraire de saint Pallais, évêque du VIe siècle. Dès sa fondation, l’abbaye fut très richement dotée, particulièrement en marais salants sur le littoral saintongeais, et son pouvoir temporel était très étendu.

Sa prospérité demeura à peu près intacte jusqu’au XVIIIe siècle.

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Notre-Dame
Vue générale aérienne

L’Abbaye-aux-Dames rayonna sur la Saintonge pendant huit siècles et compta jusqu’à cent religieuses. Elle connut pourtant quelques malheurs.

La guerre de Cent Ans provoqua des destructions, dont celle du cloître. En 1568, les Huguenots entamèrent la démolition de la façade de l’église, mais n’en détruisirent que le fronton et probablement une partie des sculptures.

Enfin, deux incendies successifs, en 1608 puis en 1648, causèrent de grands dommages aux bâtiments conventuels, qui furent entièrement reconstruits sous la conduite de l’abbesse Françoise de Foix, ainsi qu’à l’église. Au XVIIIe siècle, un certain relâchement se fit sentir au sein du monastère et l’abbaye dut vendre une partie de ses biens.

A la Révolution, l’abbaye fut transformée en prison puis, par un décret impérial de 1808, en caserne. Les militaires utilisèrent l’église comme écurie et y établirent un plancher à mi-hauteur.

En 1924, la ville racheta l’église au ministère de la Guerre et fit entreprendre sa restauration complète. Elle fut rendue au culte en 1939. Les bâtiments monastiques, abandonnés après la guerre, furent restaurés dans les années 1970-1980.

La première abbatiale Notre-Dame

L’église consacrée solennellement le 2 novembre 1047 a subi d’importantes transformations de la fin du XIe siècle jusqu’au milieu du XIIe siècle. Il s’agissait à l’origine d’un édifice de plan basilical, la nef, un peu plus courte qu’aujourd’hui, étant divisée en trois vaisseaux. Deux absidioles s’ouvraient sur les bras du transept et le chœur semi-circulaire était peu profond.

La maçonnerie était constituée d’un petit appareil de moellons calcaires relativement réguliers. L’élévation des murs était moins importante que celle d’aujourd’hui et l’ensemble était couvert d’une charpente en bois.

L’église était éclairée par des baies simples sans ébrasement extérieur. De la croisée du transept primitive, on peut encore observer les piliers, dont les chapiteaux sculptés – les plus anciens conservés en Saintonge – positionnés très bas, induisent un fort cloisonnement de l’espace.

La transformation de l’église au XIIe siècle

De la fin du XIe siècle jusqu’au milieu du XIIe siècle, des transformations affectèrent l’église pour lui donner son aspect actuel.

Un clocher fut édifié à la croisée du transept. Dans ce but, on renforça les piliers de la croisée, pour la couvrir d’une coupole sur trompes percée d’un oculus pour le passage des cloches.

Une nouvelle façade fut reconstruite un peu en avant de celle du XIe siècle. Les murs latéraux de la nef furent doublés d’arcatures dans le but de voûter en berceau la nef et les collatéraux.

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Notre-Dame
Vue intérieure de la nef

Finalement, le plan basilical ne devant plus convenir aux nouvelles exigences liturgiques, il fut décidé d’unifier le vaisseau en supprimant les supports qui la divisaient et de couvrir ce vaste espace de coupoles sur pendentifs.

Six massifs chargés de supporter la masse considérable des deux coupoles vinrent délimiter les deux travées de la nef unique. Le chevet est reconstruit avec des dimensions plus importantes que celui du XIe siècle. Ses trois travées droites sont couvertes d’un berceau brisé. Le sanctuaire est clos par une abside voûtée en cul-de-four.

Le mur est rythmé par des arcades en plein cintre reposant sur des colonnes jumelées. De grandes baies également en plein cintre éclairent le chœur. Au XVe siècle est édifiée la sacristie en remplacement de l’absidiole nord.

Le second incendie ruina les coupoles de la nef. Les travées de la nef n’ont jamais retrouvé de couvrement noble. Des plafonds en bois ont aujourd’hui remplacé la couverture de pierre romane.

La façade occidentale

La nouvelle façade occidentale du XIIe siècle, tripartite, comprend un portail central sans tympan et deux arcades latérales aveugles.

On retrouve le même rythme au deuxième niveau de l’élévation. Un fronton reconstruit à la fin du XVIe siècle surmonte l’ensemble. Le programme sculpté s’organisant sur les trois portails est d’un grand intérêt.

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Façade de Notre-Dame

Au centre, de bas en haut, les voussures représentent la main de Dieu portée par deux anges bénissant le fidèle qui pénètre dans l’église, l’Agneau cruciphore accompagné des symboles des quatre évangélistes : l’Ange (saint Mathieu), le Bœuf (saint Luc), l’Aigle (saint Jean), le Lion (saint Marc), les scènes poignantes du Massacre des Innocents, et les Vieillards de l’Apocalypse tenant des coupes et des instruments de musique.

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Façade de Notre-Dame
Le Massacre des Innocents

Sur l’arcade de droite se développe la Cène, avec le Christ au centre, entouré des Apôtres, tendant le pain à Judas. Sur le portail de gauche, le Christ bénit le premier des cinq personnages qui semblent le suivre dans un mouvement ascensionnel vers le Salut. Il s’agit là d’une scène symbolique présentée dans un milieu naturel évoquant le Paradis.

A ce programme appartenait probablement une longue frise, probablement bûchée dès les guerres de Religion, qui se développait au-dessus des arcades du premier niveau comme celle de la façade de Notre-Dame-la-Grande de Poitiers. Tout ce programme, sans doute réalisé dans les années 1120-1130, est l’œuvre d’une équipe inspirée par les sculptures de la croisée du transept de l’église. Ces mêmes sculpteurs ont travaillé dans la partie supérieure du clocher.

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Façade de Notre-Dame
Les Vieillards de l’Apocalypse

Au second niveau, on sait qu’une statue de cavalier, représentant l’empereur Constantin, était placée dans l’arcade de gauche. Une statue en pied, décapitée, est conservée dans le haut de la façade.

Il est évident que l’étage de la façade a été réalisé quelque temps après le rez-de-chaussée, sans doute au milieu du siècle. Les motifs ornementaux déjà secs et répétitifs accompagnant une sculpture en haut relief très raffinée correspond à la phase ultime de la sculpture romane.

Le clocher

La base carrée du clocher est ponctuée de quatre lanternons. Le tambour cylindrique est percé de douze élégantes baies géminées. La flèche, recouverte d’écailles inversées, rappelle la forme d’une pomme de pin. Ce passage du carré à la forme circulaire symbolise l’ascension vers le Salut, vers la Jérusalem Céleste, à partir de l’état terrestre.

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Clocher de Notre-Dame

Le clocher de l’Abbaye-aux-Dames, tout comme celui de Notre-Dame-la-Grande de Poitiers, est inspiré des monuments funéraires antiques comme celui de Saint-Rémy-de-Provence. Parmi les thèmes traités sur les chapiteaux du clocher on retrouve la Pesée des Âmes, les Saintes femmes au Tombeau, le Phœnix, symbole de résurrection, ainsi que des personnages et des animaux s’agitant, se contorsionnant ou combattant au sein d’un milieu végétal très envahissant.

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Clocher de Notre-Dame
Les Saintes femmes au Tombeau

Les bâtiments conventuels

L’abbaye disposait, semble-t-il dès l’origine, d’un plan organisé autour de son cloître. Ce plan fut conservé pour l’essentiel jusqu’au XVIIe siècle. La salle capitulaire devait faire suite au bras sud du transept ; à l’étage on pouvait trouver un dortoir.

Le bâtiment méridional abritait le réfectoire comme il était de règle ; celui qui rejoignait la façade de l’église et fermait ainsi le carré central abritait probablement la cuisine et un cellier. Après l’incendie de 1648, l’abbesse Françoise de Foix décida de faire reconstruire l’ensemble des bâtiments en pierre. En prolongement du transept et de la salle capitulaire, il fut créé une vaste pièce rectangulaire, ou « salle des moniales ».

Au sous-sol était aménagée une vaste salle voûtée en berceau. Au-dessus on réalisa deux niveaux de cellules tenant lieu de dortoir et un étage de comble. Toutes les cellules sont couvertes de voûtes. Une tribune, construite dans l’angle nord-est du cloître médiéval, au-dessus de la galerie, et reliée par un petit couloir extérieur au premier étage du grand escalier, permettait à l’abbesse ou aux moniales malades de suivre les offices sans descendre dans l’église.

Ce long bâtiment, d’allure austère, agrémenté d’échauguettes dans les angles, rappelle les architectures militaires de son temps. L’architecte Jacques Guérinet, à qui l’abbesse avait confié ce chantier, était en effet un habitué des travaux sur les fortifications.

Un retour d’angle situé à l’ouest était prolongé par l’« hôpital » des pèlerins détruit au XVIIIe siècle. D’autres bâtiments, abritant les communs et l’hostellerie entourent les deux grades cours auxquelles on accède par un porche du XVIIIe siècle.

Le cloître a été rasé pendant l’occupation militaire et dégagé lors de fouilles en 1986-88 Aujourd’hui ne subsistent que quelques arcades gothiques, témoins de remaniement opérés au XVe siècle.

L’Abbaye-aux-Dames aujourd’hui

L’Abbaye, entièrement restaurée dans les années 1970-1988, appartient désormais au réseau des Centre Culturels de Rencontres.

Chaque année s’y déroule le Festival de Saintes, important rendez-vous des musiques de toutes les époques interprétées selon une recherche d’authenticité. Cette même démarche anime la programmation annuelle du CCR au travers de formations, recherches, conférences et concerts.

Le monument est ouvert à la visite toute l’année.

-  Visitez le site de l’Abbaye-aux-Dames.