Atelier du patrimoine de Saintonge

Villa Musso - 62, cours National - 17100 Saintes

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Amphithéâtre gallo-romain

Un monument majeur

Situé à l’ouest de la ville de Saintes, l’amphithéâtre est aujourd’hui le vestige le plus important de la cité antique de Mediolanum puisque la presque totalité des autres édifices publics ou privés a disparu, à l’exception de l’arc de Germanicus.

Commencé sous le règne de Tibère et achevé dans les années 40 ap. J.-C., sous celui de Claude, l’amphithéâtre a été érigé tôt à Mediolanum étant donné le rôle important de cette ville dans la romanisation de la province. La capacité de ce monument devait être d’environ 12.000 à 15.000 places, selon les hypothèses, soit sans doute la totalité de la population de la cité. Après le 3ème siècle, la ville en déclin s’étant considérablement rétrécie derrière son rempart, l’amphithéâtre se retrouva en rase campagne. Il servit de carrière de pierres au Moyen Age et ne fut rattrapé par la ville qu’au début du 20ème siècle, époque à laquelle il fut progressivement dégagé et remis en valeur.

La structure de l’édifice

Adossé au Vallon des Arènes dont les flancs ont été creusés pour lui faire place, l’amphithéâtre occupe une situation exceptionnelle. Le choix ingénieux du site a encore été amélioré par un remblai comblant le vallon à l’ouest, qui permit, outre sa fonction d’appui de la cavea (les gradins), l’aménagement de la route menant à Bordeaux, l’actuelle rue Lacurie.

L’amphithéâtre est de structure « mixte » : la plus grande partie est « pleine », les gradins s’appuyant directement sur le vallon. La partie orientale en revanche est construite entièrement avec des murs d’appui formant une structure creuse. Seules sont conservées l’arène et les fondations du monument. Les superstructures ont disparu, de même que les gradins, à l’exception des quatre rangées inférieures, en partie reconstituées lors des restaurations du 20ème siècle.

Ce vaste monument (126 m pour le grand axe et 102 m pour le petit axe) ne possédait pas moins de 90 accès pour conduire le public aux différents niveaux de la cavea qui comprenait 32 ou 35 gradins.

La cavea était divisée en différents niveaux de gradins, chacun étant réservé à une catégorie sociale. Les notables les plus en vue occupaient le premier rang, ou podium, et plus on s’élevait, plus la population était pauvre. Les différentes entrées encore visibles permettent de distinguer cette hiérarchisation des places dans la cavea. Un long escalier s’enfonçait sous les gradins pour déboucher au niveau des quatre gradins inférieurs (podium). 14 escaliers semblables ponctuaient le périmètre du monument, alternant avec d’autres escaliers qui descendaient jusqu’à mi-pente et rendaient accessible la moitié supérieure de la cavea.

L’arène, c’est-à-dire le sol de sable, (66,5 m de long pour une largeur de 39 m) était entourée d’un mur en blocs de grand appareil de 2 m de hauteur couronné par une balustrade de pierre. On pouvait y insérer des supports qui servaient à tendre un filet vertical afin d’assurer la sécurité des personnes installées aux premiers rangs des gradins.

Au nord du petit axe, un petit réduit était ménagé, qui pouvait servir de chapelle. Sur le grand axe s’ouvrent des passages voûtés. Celui à l’est servait à l’entrée de la pompa, le défilé des gladiateurs, musiciens et autres personnages chargés de distraire le public. De part et d’autre de cet accès les pièces étaient prévues pour accueillir les gladiateurs avant leur combat. Ceux qui étaient tués étaient évacués par la porte occidentale, qui passait sous la route pour donner accès à une nécropole.

Au nord, l’esplanade de circulation qui cernait l’amphithéâtre était bordée par un mur de soutènement, qui se poursuivait tout au long du vallon.

Un art de bâtir

Les maçonneries de l’amphithéâtre et l’état de conservation des ruines permettent en de nombreux endroits de comprendre le mode de construction de l’édifice. Les Romains ont employé essentiellement la technique du blocage, un mélange de mortier de chaux et de cailloux, pris entre deux parements de petits moellons cubiques. A ces murs sont associés les arcs et les voûtes en berceau, non appareillés, c’est-à-dire constitués de pierres irrégulières empilées sur un cintre en bois et noyées dans un mortier. Il devait y avoir un décor mais qui a entièrement disparu. Quelques éléments de pilastres sont visibles sur la partie nord, près de la rue Bourignon.

Les spectacles

L’amphithéâtre était exclusivement conçu pour accueillir des spectacles sanglants très prisés par la population romaine et diffusés largement dans tout l’empire. Ces jeux violents, souvent mortels pour les acteurs, pouvaient être des combats de gladiateurs, des chasses ou des combats d’hommes contre des animaux sauvages. Les spectacles étaient payés par les riches notables ou par l’empereur lui-même.

L’amphithéâtre de Saintes, par son système mixte, est à rapprocher de ceux de Pompéi ou de Fréjus. Ses dimensions sont proches de celles d’autres amphithéâtres comme celui de Bordeaux ou bien encore ceux de Périgueux ou d’Agen. C’est aujourd’hui l’un des amphithéâtres les mieux conservés de la Gaule chevelue, c’est-à-dire la Belgique et de la France exception faite des régions méditerranéennes (Rhône-Alpes, Provence et Languedoc).

Au cours du 20ème siècle, l’amphithéâtre a accueilli de nombreux spectacles lyriques, dont la tradition s’est perpétuée au travers des spectacles « Sites en Scène » du mois d’août, jusqu’en 2008.